Le bioplastique MarinaTex remporte le prix du James Dyson Award 2019
Le bioplastique MarinaTex remporte le prix du James Dyson Award 2019
Lucy Hughes, étudiante à l’Université de Sussex au Royaume-Uni a conçu une alternative au plastique en utilisant des déchets organiques issus de déchets de poisson


 
Paris, novembre 2019 : Après avoir récompensé EcoHelmet, un casque de vélo pliable, le Skan un puis O-Wind Turbine l’an dernier, le James Dyson Award récompense cette année MarinaTex, le projet de Lucy Hughes, jeune femme âgée de 24 ans qui a étudié à l’Université du Sussex au Royaume-Uni qui a inventé un bioplastique composé de restes de poissons, habituellement destinés à la décharge ou à l’incinération et d’algues rouges d’origine locales. Avec MarinaTex, Lucy a souhaité répondre à deux problèmes : celui du plastique à usage unique et du traitement des flux de déchets qu’elle trouve inefficace. Elle a ainsi créé une alternative au plastique classique avec ce nouveau bioplastique.

  • A l’échelle mondiale, il est estimé que 40% des plastiques produits sont destinés à un usage unique et sont ensuite jetés.[1]
  • En 1950, la population mondiale s’élevait à 2,5 milliards de personnes ; la production de plastique était alors estimée à 1,5 millions de tonnes. En 2016, la population mondiale a augmenté et a dépassé les 7 milliards d’habitants avec une production de plastique estimée à plus de 320 millions de tonnes[2], soit l’équivalent du poids de plus de 800 000 Tours Eiffel.
  • La plupart des bioplastiques et des plastiques compostables ne sont en général pas adaptées aux structures de traitements de déchets existantes.[3]

MarinaTex est un bioplastique composé de restes de poissons, habituellement destinés à la décharge ou à l’incinération et d’algues rouges d’origine locales. C’est un matériau translucide et flexible, ce qui le rend idéal pour des utilisations au travers d’emballages à usage unique. Utilisant une formule unique mêlant des algues rouges pour lier les protéines extraites des déchets de poisson, MarinaTex est constitué de liens qui se recoupent lui conférant une force et une flexibilité sans égale au plastique traditionnel. Le matériau est relativement peu gourmand en ressources et requiert peu d’énergie pour sa production car les éléments doivent être chauffés à moins de 100 degrès. Il se décompose après 4 à 6 semaines d’utilisation. De plus, il convient au compostage domestique et ne relâche pas de toxines, supprimant ainsi le besoin d’une gestion de déchets. Etant donné que MarinaTex utilise des produits dérivés de l’industrie de pêche, cela contribue à mettre fin à la boucle d’un flux de déchets qui prône une durée de vie du produit circulaire. D’après Lucy, la créatrice, un cabillaud d’Atlantique pourrait générer autant de déchets organiques nécessaires à la production de 1400 sacs en plastique MarinaTex.
 
« Les ingénieurs sont animés par la passion, la conscience et l’intelligence concernant les plus gros problèmes de ce monde. Cette année, le James Dyson Award a reçu de nombreuses idées qui ont suscité une grande réflexion mais également plus d’inscriptions de candidates par rapport aux précédentes éditions du concours, rendant ainsi les délibérations difficiles. Nous avons décidé de récompenser l’idée dont le monde ne pouvait se passer. MarinaTex répond brillamment à deux problèmes : l’omniprésence du plastique à usage unique et les déchets issus de poisson. Avec davantage de recherche et de développement, le projet pourrait évoluer et j’espère qu’à terme, cela sera une alternative à l’abondance du plastique à usage unique. », explique Sir James Dyson.
 
Qu’est-ce que MarinaTex ?
Les chutes de poissons issues de l’industrie du traitement créent un flux de déchets important. Ces chutes sont souvent constituées d’abats, de sang, d’exosquelettes de crustacés et de coquillages mais également de peaux et d’écailles de poissons ; en somme, les parties qui finissent dans les décharges plutôt que dans nos assiettes ! Grâce à des recherches approfondies, Lucy a découvert que les peaux et écailles de poissons représentaient un matériau très prometteur comme base d’un bioplastique puisqu’elles contiennent des structures de protéines à la fois fortes et flexibles.
 
Afin de permettre à ces protéines de s’attacher les unes aux autres et de créer un nouveau matériau, Lucy s’est mise en quête de trouver un liant organique. Ayant en tête l’idée de trouver une solution locale afin de réduire les frais de transport, elle s’est donc intéressée à ce qui existait sur le littoral près de chez elle et a fait différentes expériences avec des liants organiques d’origine marine. Son choix s’est porté sur les algues. Il lui a fallu plus de 100 essais qu’elle a effectués sur la cuisinière de sa chambre d’étudiante afin d’ajuster le matériau et sa formule. Elle a finalement obtenu un matériau régulier qui ressemble au plastique, à la fois biodégradable et transparent, le MarinaTex.
 
«Le plastique est une matériau extraordinaire et nous avons donc eu tendance à en devenir trop dépendants en tant que designers et ingénieurs. Pour moi, cela n’a aucun sens le fait que nous utilisons du plastique, un matériau incroyablement durable pour des produits dont le cycle de vie ne dépasse pas plus d’un jour. Créer MarinaTex représente pour moi une forme d’engagement en matière d’innovation et de choix de matériau en intégrant des valeurs comme la durabilité, le local et le circulaire dans le design., explique Lucy Hugues.
 
Je suis ravie que MarinaTex ait été récompensé par le James Dyson Award. L’invention n’en est encore qu’à ses débuts et je n’aurais jamais pensé que j’en arriverais là à ce stade. C’est vraiment encourageant de voir que le potentiel de ce matériau ait été reconnu par un Prix si prestigieux. Je suis impatiente de continuer les recherches et poursuivre le développement pour explorer les possibles usages pour MarinaTex tout en prenant en compte la forme, la fonction et l’impact environnemental. »
 
En tant que lauréate internationale du James Dyson Award, Lucy recevra le prix de 33 500€. Elle souhaite commercialiser son invention de manière durable et entend utiliser sa récompense pour continuer ses recherches et faire de MarinaTex une alternative mondiale pour répondre au problème de l’abondance des déchets plastiques tout en exploitant des solutions locales.


[1] Geyer, R (2018) University of California, Santa Barbara. Available at: https://www.nationalgeographic.com/news/2018/05/plastics-facts-infographics-ocean-pollution/
[2] Surfers Against Sewage (2019) The Problem with Plastic Pollution. Available at: https://www.sas.org.uk/our-work/plastic-pollution/plastic-pollution-facts-figures/
[3] The Parliamentary Office of Science & Technology (2019), Compostable Food Packaging, London: The Parliamentary Office of Science and Technology. Available at: https://researchbriefings.parliament.uk/ResearchBriefing/Summary/POST-PN-0606.

Les finalistes
Afflo, Anna Bernbaum, Dyson School of Dyson Engineering, Imperial College London (Royaume-Uni) 

Problème: l’asthme est une maladie qui rend la respiration difficile et est causée par des facteurs externes. Aujourd’hui, pour comprendre les facteurs responsables de l’asthme, des essais sont effectués mais résultent souvent par des erreurs ce qui est problématique. L’Organisation Mondiale de la Santé estime à 235 millions de personnes de tous âges qui souffrent d’asthme.[1] Dont près de 26 millions habitent aux Etats-Unis selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies. Après s’être entretenue avec des patients à l’hôpital principal de Londres et après avoir réalisé un sondage en ligne, Anna a conclu que le plus gros pros problème dans la prise en charge de l’asthme aujourd’hui réside dans la façon dont la maladie est détectée.
 
Solution: Afflo est un diapositif portable qui permet de monitorer les symptômes de l’asthme et prédit les déclenchements afin de permettre à son utilisateur de prendre des décisions sur la façon de gérer son traitement, le tout basé sur des données récoltées par l’appareil. Afflo récupère des signaux respiratoires sonores grâce à un microphone spécial et couple ces signaux avec des informations liées à l’environnement qui sont quant à elles récoltées par un ensemble de capteurs capables de détecter des données via des sources locales et en ligne. Le système permet de prédire le modèle de déclenchement spécifique à chaque patient et un algorithme en machine learning analyse les deux flux de données dans le cloud. Les résultats sont ensuite envoyés à l’utilisateur via l’application Afflo afin de lui permettre d’ajuster son mode de vie et de prendre des décisions pour réduire les symptômes futurs liés à l’asthme. Avec le temps, ces données pourront être partagées à distance avec des professionnels de la santé ce qui permettrait de réduire les frais de santé liés au traitement.
 
Gecko TraxxRyan Tilley, Université RMIT, Sydney (Australie)  
 
Problème: il y a près de 620 000 km de littoral à travers le monde et plus d’un tiers de la population mondiale soit plus de 2,4 milliards de personnes qui vivent dans un rayon de 100 kilomètres de ces côtes[2]. Cependant, le littoral reste inaccessible pour les personnes en fauteuil roulant manuel. C’est pourquoi le lauréat national du James Dyson Award 2019 en Australie Ryan Tilley a inventé Gecko Traxx.
 
Solution: Gecko Traxx  est un accessoire portable et abordable pour les fauteuils roulants manuels qui leur permet un accès tout terrain. La section transversale du pneu est discrète lorsque l’accessoire est placé sur le fauteuil et gonfle lorsqu’il est en contact avec le sol ce qui permet de multiplier par trois la surface de contact lorsque cela est nécessaire. Le clip qui est à la fois simple et intégré peut être utilisé même avec une dextérité limitée et permet à l’utilisateur d’installer lui-même l’accessoire de manière indépendante sans avoir à faire de transfert vers un autre fauteuil.


[1] World Health Organisation (2019) Asthma. Available at: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/asthma